Olivier Rech
Responsable de la Recherche Energie-Climat du cabinet Beyond Ratings

La chute du prix du pétrole affecte tous les pays, exportateurs et importateurs de cette source d’énergie. Décryptage de ces impacts avec Olivier Rech, responsable de la Recherche Energie-Climat de Beyond Ratings, précédemment économiste à l’Institut Français du Pétrole, au bureau du chef économiste de l’AIE et consultant chez Carbone4. Il est intervenu lors la rencontre « Un pétrole à moins de 30$ le baril : quelles conséquences pour le développement ? » qui s’est tenue à l’AFD.

Quel impact la baisse actuelle des prix va-t-elle avoir sur les pays en développement producteurs de pétrole ?

La baisse du prix du pétrole depuis fin 2014 se traduit en premier lieu par des effets immédiats sur les soldes des échanges internationaux. Les pays exportateurs nets d’hydrocarbures et d’énergie au sens large voient leur excédent commercial énergétique réduit de l’ordre de 60%, menaçant dans certains cas de faire basculer l’ensemble de leur commerce extérieur dans le déficit. Cet ordre de grandeur est tel qu’attendu, suite à la baisse du prix international du pétrole d’environ 60%, mais les conséquences purement comptables, particulièrement à haute fréquence, ne constituent que la partie la plus visible des ramifications qui affectent en profondeur depuis plusieurs mois l’ensemble des parties prenantes.

Plusieurs pays producteurs et exportateurs de ressources énergétiques fossiles ont fait face au cours des derniers mois au désintérêt des investisseurs internationaux pour les opportunités d’investissements proposées dans leurs domaines miniers. Des enchères et procédures d’attribution de droits d’exploration se sont ainsi soldées par des échecs comme au Brésil, au Mexique, en Algérie. Ces résultats négatifs, dans certains cas spectaculaires, sont certes conformes à la cyclicité intrinsèque de ces industries et ne constituent pas de réelles surprises mais la conjoncture est insuffisante à expliquer l’annonce de réformes majeures et empreintes d’une certaine urgence.

La déstabilisation des finances publiques et la baisse des réserves de change entraînées par la chute brutale des revenus à l’exportation précipitent la disparition des systèmes de subventions des prix domestiques de l’énergie.

Encore plus frappantes sont les réorganisations de plusieurs grands groupes énergétiques nationaux, voire la modification du lien organique entre l’Etat et les compagnies nationales, les exemples les plus saisissants résidant dans l’annonce de la privatisation, certes très partielle, de la compagnie nationale pétrolière d’Arabie Saoudite et, à un degré moindre, de la profonde réorganisation de la compagnie nationale du Nigeria. De par leur remise en cause des principes historiques de propriété et des modes d’exploitation des ressources naturelles, ces réformes constituent des ruptures à la portée, et aux risques, largement sous-estimés, sans aucune garantie par ailleurs de ce qu’elles permettront aux pays concernés d’échapper, au plan macro-économique, aux phases défavorables des prochains cycles et autres aléas conjoncturels.

Les pays importateurs tirent-ils vraiment profit de cette baisse des prix ?

De façon symétrique, les pays importateurs nets enregistrent une nette amélioration de leur solde commercial énergétique, proche de 50%, qui n’est toutefois pas suffisante en tant que telle pour éliminer la composante structurelle du déficit.

En cohérence avec ce constat, des signes convergents attestent ainsi de ce que plusieurs pays importateurs saisissent la baisse des prix internationaux comme une opportunité de réforme, voire d’élimination, de systèmes de subventions des prix domestiques de l’énergie, en premier lieu des carburants et combustibles. Cette transition est garante, à terme, d’une moindre exposition directe des finances publiques aux fluctuations des prix internationaux. Mais cette rationalisation suppose un degré d’exposition au signal prix inconnu des populations concernées. L’acceptabilité sociale de ces réformes ne sera réellement testée qu’à l’occasion du prochain, mais inéluctable, retournement de cycle du prix international.

Quelles solutions peut-on envisager pour remédier aux déséquilibres structurels liés aux échanges d’énergie ?

Les quatre dernières décennies ont été caractérisées par l’étouffement des pays importateurs d’énergie par la dérive de l’endettement, privé comme public, par le développement de l’industrie « shale » grâce à des flux de capitaux hypertrophiés et désormais fortement à risque, puis par la déstabilisation des pays exportateurs foudroyés par la baisse du prix du pétrole depuis 2014. Cette tendance accrédite le diagnostic d’une économie mondiale à bout de souffle. Sans en être la cause unique, les échanges d’énergies fossiles participent au premier chef de l’accumulation des déséquilibres structurels.

Réduire la dépendance à l’exploitation comme à la consommation des énergies fossiles est une condition sine qua non afin de briser la fatalité des cycles d’endettement stérile et inéluctablement destructeur, affectant alternativement pays exportateurs et importateurs. Les réformes entreprises dans les pays importateurs et exportateurs d’énergie sont pour partie convergentes, par leur contenu, notamment en matière de fiscalité énergétique. Mais elles ne produiront des effets significatifs et durables que dans le cadre d’une politique de transition combinant les trois volets d’efficacité énergétique, d’électrification et de soutien aux sources d’énergie décarbonée peu sensibles aux cycles et à-coups conjoncturels du prix du pétrole.

A cet égard, le phénomène commun aux pays hors OCDE, exportateurs comme importateurs d’énergies fossiles, d’une croissance continue, des investissements dans l’ensemble de ces filières, en premier lieu renouvelables, au cours des dernières années et jusqu’en 2015, est un signal très positif. Cela indique que les pays émergents s’engagent résolument dans cette mutation.

Publié dans ideas4development.org