Sylvain Château, Co-founder and COO of Beyond Ratings, is interviewed on the opportunity of integrating energy and climate issues by the Financial Community, for AGEFI (in French).

BEYOND RATINGS. L’intégration des facteurs climatiques et énergétiques par la finance est devenue incontournable.

Les notations souveraines sont fondées sur l’analyse de quatre piliers: la croissance économique, l’équilibre des finances publiques, les risques externes, et enfin la stabilité socio-politique. Quid du changement climatique et des politiques énergétiques dont on parle tant – surtout depuis la COP21 – mais pour lesquels on ne parait pas faire grand chose? Créé en septembre 2014, Beyond Ratings s’est donné pour mission d’intégrer les facteurs alternatifs, et notamment climatiques et énergétiques, dans les ratings de crédit souverains. La nouvelle agence n’a rien d’une cellule activiste et ne porte pas de jugements. Elle mesure les risques encourus à terme par chaque pays en fonction de sa politique et les intègre dans les scores existants. Entretien à Genève avec Sylvain Château, cofondateur de la société, invité au forum de l’Association des Stratégistes d’Investissement de Genève (ISAG).

Pouvez-vous résumer l’approche de votre agence de notation? L’intégration des enjeux climatiques et énergétiques par la communauté financière devient une exigence incontournable, pour mieux appréhender les risques des pays, répondre à la demande des régulateurs et face à l’opinion publique. Nous concentrons notre expertise sur l’analyse du risque souverain et permettons aux institutions financières de prendre en compte les risques structurels auxquels les pays sont confrontés – en matière énergétique et climatique en premier lieu – et de mesurer l’empreinte carbone des investissements. Nous couvrons actuellement plus de 50 pays.

Pouvez-vous nous donner un exemple? Un pays comme l’Afrique du Sud pâtit des sous-investissements chroniques dans son système électrique, ce qui se traduit par des coupures fréquentes et des rationnements, qui lui coutent 1 à 2 points de PIB par an.

Votre approche est en pleine évolution. Effectivement. Si dans une première phase nous avons intégré les paramètres énergétiques aux quatre piliers des notations souveraines, nous voulons, dans une seconde phase, ouvrir à d’autres paramètres en intégrant les richesses naturelles dans celles des nations. Cela permettrait de prendre en considération les stocks de richesse et non plus seulement les flux de richesse tels que compris dans des indicateurs comme le PIB. Notre objectif est d’élaborer un plan de comptabilité nationale où se trouveraient, à l’actif et au passif des Etats, l’évaluation des richesses sous-jacentes, qu’il s’agisse d’énergie, de minerais, de terres agricoles, d’eau, de forêts ou même de biodiversité. Une fois ces stocks estimés, encore faudrait- il aussi évaluer si l’exploitation qui en faite est de nature durable.  Ces biens pourraient ainsi devenir des collatéraux du crédit des nations.

Ici encore un exemple serait bienvenu. Un Etat peut faire durer sa rente le plus longtemps possible ou alternativement maximiser sa rente à court terme. Un exemple est à trouver dans la manière dont l’Arabie Saoudite a subventionné son économie par des prix énergétiques très faibles. En a-telle encore les moyens alors que sa capacité de production fléchit. Parmi les exemples positifs, je citerai la manière dont l’Indonésie a su profiter de la baisse du cours du pétrole pour retourner un subventionnement extrêmement couteux de son énergie. N’oubliez pas que les subventions énergétiques pèsent souvent très lourds dans le budget des Etats. Parfois le quart ou plus.

De manière pratique, comment se présente le résultat de vos travaux? Sous la forme de scores de risques – l’un sur le climat et l’énergie et l’autre sur l’intégration de critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance). Nous apportons un éclairage nouveau sur les niveaux de risques des pays, ainsi que des classements alternatifs des pays.

Comment votre classement se compare-t-il à ceux des agences traditionnelles de notation? Aux extrêmes (pays très bien notés ou très mal notés), nous obtenons des résultats convergents. Par contre, dans ce que j’appellerais le ventre mou, nos évaluations permettent de discriminer les pays différemment par rapport  à une cohorte de pays notés de la même façon par les grandes agences. Comme dans le cas de la Russie.

Pour quelles raisons la Russie est-elle plutôt bien notée? Elle possède un stock de ressources naturelles monumental et le niveau de sa dette est bien pesé. En dépit d’une infrastructure insuffisamment maintenue.

Similairement au Canada? Nous sommes assez réservés dans le cas du Canada qui recentre trop son économie sur l’exploitation de ses ressources naturelles et ne les gère pas avec toutes les précautions nécessaires. En détériorant ses sols dans l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta.

La France, avec son énergie nucléaire, vous parait-elle optimiser son potentiel naturel? Sa diversification énergétique nous parait insuffisante. En outre, trop d’éléments sont sous-estimés: âge des centrales, coûts de démantèlement, dépendance à l’eau pour le refroidissement. Le stress subi en 2003, lors de la canicule, en est révélateur. Sans compter que la France ne comptabilise pas l’uranium provenant du Niger comme des importations! Qui sont vos clients? Les banques d’investissement, les assureurs, les asset managers, les fonds de pension, les banques de développement. Notre focus initial était sur la France puis la Grande-Bretagne. Nous progressons maintenant au Luxembourg, en Suisse et en Allemagne.

INTERVIEW: NICOLETTE DE JONCAIRE, AGEFI, 30 juin 2016