The following article published in Challenges on 26th September 2016 referred to Beyond Ratings expertise.


Sauf énorme surprise, les principaux pays producteurs de pétrole réunis mercredi à Alger ne devraient pas trouver d’accord pour geler la production et faire remonter les prix. En cause: l’exacerbation des tensions entre l’Iran et l’Arabie saoudite.

La plupart des observateurs le reconnaissent: un accord pour geler la production et faire remonter les prix entre les principaux pays producteurs de pétrole qui vont se réunir mercredi 28 septembre à Alger en marge du Forum international de l’énergie apparaît hautement improbable. “C’est illusoire, principalement à cause de l’exacerbation des tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran, indique à Challenges Olivier Rech, responsable de la recherche “Énergie” chez Beyond Ratings, ancien expert des “perspectives pétrolières” à l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Vu le degré du contentieux entre les deux pays, il est difficile d’imaginer les Iraniens accéder aux demandes des Saoudiens”.

Ces derniers se sont en effet déclarés depuis plusieurs semaines ouverts à un gel de la production mais à la condition que la limitation de la production s’applique à tous les membres de l’Opep. Un préalable jugé “ridicule” par Téhéran en avril lors dela précédente réunion Opep qui s’était achevée par un fiasco à Doha. L’Iran dont la production pétrolière a tourné au ralenti durant la période des sanctions, espère franchir la barre des quatre millions de barils produits chaque jour – contre 3,6 millions aujourd’hui – et retrouver ainsi son niveau de 2009. Des discussions informelles menées ces derniers jours entre Téhéran et Riyad n’ont semble-t-il pas permis de rapprocher les positions des uns et des autres. “Tout laisse penser qu’il n’y aura pas d’accord, appuie Benjamin Louvet, spécialiste des matières premières chez OFI Asset Management. L’Arabie saoudite et l’Iran continuent de s’opposer sur cette question du gel de la production et la Russie attend que ces deux pays se mettent d’accord”. Sur 23 analystes interrogés par Bloomberg seuls deux évoquaient la possibilité d’un accord à Alger.

“Le statu-quo satisfait l’Arabie saoudite”

Les deux principaux producteurs mondiaux de brut n’ont pris aucune mesure pour enrayer un marché en total déséquilibre depuis l’été 2014 – il est actuellement en suroffre de 1,1 million de barils par jour selon l’AIE. Un excédent dû à l’explosion du pétrole de schiste aux États-Unis et à la stratégie très agressive de l’Arabie saoudite d’accroître en novembre 2014 sa production pour maintenir ses parts de marché. Deux événements qui expliquent la chute du prix du baril, passé de 120 dollars en 2014 à 45-50 dollars ces dernières semaines. Et les Saoudiens dont le baril est rentable à partir de 10 dollars espèrent ainsi étouffer les producteurs de “shale” américains, rentables qu’entre 50 et 80 dollars le baril.

“C’est une des raisons pour lesquelles le statu-quo satisfait l’Arabie saoudite, précise Benjamin Louvet. La stratégie saoudienne, soutenue par l’Opep, vis à vis du pétrole de schiste américain est en train de réussir. Depuis avril 2015, la production de pétrole de schiste aux États-Unis a baissé de 1,1 million de barils par jour. Les producteurs sont très endettés, en deux ans une centaine ont fait faillite. Les Saoudiens savent qu’ils sont en train de gagner. Il faut aussi ajouter que la renégociation des crédits aux USA se fait en mars et en octobre, ce serait donc étonnant que les Saoudiens acceptent un gel maintenant qui ferait remonter les prix et profiterait aux producteurs américains”.

Le même résultat à Alger qu’à Doha?

D’autres producteurs importants comme la Libye et le Nigeria sont aussi réticents à une limitation de la production: fragilisés par des conflits internes, ces deux pays pompent très en deçà de leurs capacités. Tripoli vient d’ailleurs de reprendre ses exportations d’or noir. Quant à la Russie, si elle juge “réaliste” une éventuelle réduction de 5% de sa production, sa parole est sujette à débat. “La Russie l’a déjà promis par le passé, notamment en 1998, et l’a rarement fait, observe Benjamin Louvet. De ce point de vue, l’annonce, début septembre, d’une coopération entre l’Arabie saoudite et la Russie pour stabiliser le marché laisse sceptique les spécialistes. “C’est un accord qui ne porte pas sur l’équilibre du marché, il ne propose rien de contraignant, rien de majeur” estime Olivier Rech.

Un scepticisme que ne semble toutefois pas partager le ministre algérien de l’Energie, Noureddine Boutarfa, qui a affirmé avant le début du Forum international de l’énergie que l’Opep pourrait convoquer une réunion extraordinaire “séance tenante” à Alger pour permettre une prise de décision. L’Opep est “condamnée à prendre une décision” pour stabiliser le marché, selon lui. Comme il y a cinq mois à Doha, il y a pourtant fort à parier que le cartel pétrolier ne le fera pas à Alger.